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Matériaux pour l'optique
Les matériaux phosphorescents et les diodes blanches

Contact: Stéphane JOBIC Tél: +(33) 02 40 37 39 22

Description du thème:

Sous l'effet d'une excitation lumineuse, un matériau peut absorber de l'énergie conduisant à la promotion d'un électron d'un état fondamental vers un état excité. Le retour à l'état fondamental peut s'effectuer soit via un échauffement local du réseau cristallin (transfert non radiatif), soit via l'émission de photons (transfert radiatif). Ce dernier phénomène est appelé fluorescence ou phosphorescence selon le temps de vie de l'électron dans son état excité. Nous nous intéressons à l'IMN aux matériaux phosphorescents présentant une émission lumineuse suffisante pour distinguer des objets dans l'obscurité pendant plusieurs minutes, voire plusieurs heures, après arrêt de l'excitation.

Pendant longtemps, la phosphorescence est restée un phénomène marginal, surtout apprécié pour sa beauté et sa magie. Depuis quelques années cependant, de nouveaux impératifs (sécuritaires notamment), ont fortement accru l’intérêt porté à ce processus. Les matériaux phosphorescents peuvent en effet aider à améliorer la sécurité dans les transports (signalisation routière, marquages au sol, instruments de bord, …) et servir pour les signalisations d’urgence (issues de secours, …). Ils permettent également des économies d’énergie via leur inclusion dans des peintures de bâtiments et améliorent notre confort en rendant visibles dans l’obscurité les interrupteurs, les aiguilles de montres, les équipements d’extérieur (sport, randonnée)... Leur utilisation se généralise par ailleurs dans l’industrie du jouet, l’art ou la publicité.

Par définition, les matériaux phosphorescents sont des isolants contenant dans leur bande interdite des niveaux discrets associés à des imperfections chimiques (dopants) et/ou physiques (lacunes, interstitiels, …). Sous l'effet d'une excitation extérieure, l'électron de la bande de valence est promu dans la bande de conduction. Des électrons et/ou des trous sont alors piégés sur ces niveaux d'impuretés, et le matériau reste figé dans un état métastable à partir duquel la probabilité de recombinaison est très faible. Seul l’apport d’énergie thermique permet de libérer ces porteurs de charge avec recombinaison électron/trou et émission lumineuse. Les matériaux phosphorescents les plus répandus sont actuellement ZnS:Cu,Co (luminophore vert auquel est fréquemment adjoint des traces de tritium, émetteur β pour augmentation des temps de luminescence), SrAl2O4:Eu2+,Dy3+,B3+, Sr4Al14O25:Eu2+,Dy3+,B3+ et CaAl2O4:Eu2+,Nd3+,B3+ et Y2O2S:Eu3+,Mg,Ti, commercialisés pour la plupart par des compagnies asiatiques (Figure 1)

Figure 1: De gauche à droite, luminescence de ZnO:Cu+,Co2+, Y2O2S:Eu3+,Mg,Ti, Sr4Al14O25:Eu2+,Dy3+,B3+ , CaAl2O4:Eu2+,Nd3+,B3+ et SrAl2O4:Eu2+,Dy3+,B3+,

Si des mesures de thermoluminescence et/ou de photoluminescence permettent d’accéder facilement aux profondeurs des pièges impliqués dans le mécanisme de phosphorescence, il est très difficile d'identifier la nature de ces pièges, notamment quand ceux–ci résultent de défauts ponctuels intrinsèques introduits de façon non contrôlés lors de la synthèse du matériau. De plus, nous ne disposons pas à l'heure actuelle d'explications à l'échelle atomique des processus de phosphorescence. C'est pourtant là un passage obligé pour mieux orienter notre activité de synthèse. A cette fin, nous nous sommes focalisés sur les mécanismes de phosphorescence du matériau SrAl2O4:Eu, probablement le composé le plus étudié de la série donnée précédemment et avons proposé un nouveau modèle résumé figure 2. Ce modèle a l'avantage non seulement d'expliquer les propriétés optiques et les mécanismes de piégeage et dé-piégeage mais également les propriétés électriques, la photoconductivité, et l'évolution de la concentration en Eu2+ sous excitation UV et quand l'excitation cesse.

 

 

 

Figure 2: Schéma simplifié du mécanisme de phosphorescence de SrAl2O4:Eu

Succinctement, nous pouvons décrire le modèle comme suit. Sous UV, l'Eu2+ est oxydé en Eu3+. L'électron cédé va se piéger sur un niveau VO associé à l'existence de lacunes d'oxygène. Parallèlement, sous UV, les traces d'Eu3+, toujours présentes dans le matériau pour des raisons thermodynamiques, sont partiellement réduites en Eu2+ via la promotion d'un électron de la bande de valence. Le trou ainsi crée est alors piégé sur un niveau VSr associé à une lacune cationique. La phosphorescence trouve son origine que dans le dé-piégage des lacunes VO tandis que les propriétés électriques s'expliquent via la prise en compte des lacunes Sr et l'existence d'Eu3+ résiduels.

Une autre avancée importante concerne la meilleure compréhension du rôle des co-dopants pour exalter la phosphorescence. Notre modèle, basé sur une possible agglomération des défauts cristallins, prend en compte la nature de l'activateur, le mécanisme de phosphorescence qui leur est associé (piégeage d'électrons ou piégeage de trous, nécessité de défauts proches ou lointain de l'activateur) et l'aptitude des défauts à migrer. Ce modèle repose entre autres sur l'examen de la valeur relative des potentiels d'ionisation du dopant, des co-dopants et des éléments substitués. Ces travaux ont permis la synthèse d'un matériau qui phosphoresce pendant plus de deux heures avec une émission blanche ayant donné lieu à brevet.

Par ailleurs, dans le cadre de ces recherches, de nouveaux produits à fluorescence intense blanche ont été découverts (figure 3) qui font à l'heure actuelle l'objet de caractérisation pour des applications potentielles en tant que diode blanche  (LED).

Figure 3: Comparaison des spectres lumineux d'une diode blanche commercialisée et d'un nouveau matériau synthétisé au laboratoire.

 

Sélections de publications en rapport avec la thématique:
  • "Mechanism of phosphorescence appropriate for the long lasting phosphors Eu2+ doped SrAl2O4 with co-dopants Dy3+ and B3+", F. Clabau, X. Rocquefelte, S. Jobic, P. Deniard, M.-H. Whangbo, A. Garcia, T. Le Mercier, Chem. Mater., 17, 3904-3912, 2005
  • Formulation of phosphorescence mechanisms in inorganic solids based on a new model of defect conglomeration, F. Clabau, X. Rocquefelte, T. Le Mercier, P. Deniard, S. Jobic, M. Whangbo, Chem. Mater, 18, 3212-3220, 2006
  • On the phosphorescence mechanism in SrAl2O4:Eu2+ and its codoped derivatives, F. Clabau, X. Rocquefelte, S. Jobic, P. Deniard, M-H. Whangbo, A. Garcia, T. Le Mercier, Solid State Science, 2007, in press
Collaborations
  • Myung-Hwan Whangbo, Department of Chemistry, North Carolina State University, Raleigh, North Carolina 27695-8204, USA
  • Alain Garcia, Institut de Chimie de la Matière Condensée de Bordeaux, avenue du Dr. Schweitzer, 33608 Pessac, France

  • Philibert Iacconi, LPES-CRESA, Université de Nice,  Sophia Antipolis, 6108 Nice cedex 2, France
  • Thierry Le Mercier, RHODIA, centre de Recherches d'Aubervilliers, 52 rue de la Haie-Coq, 93308 Aubervilliers cedex , France
Thèses en relation avec la thématique
  • "Phosphorescence: mécanismes et nouveaux matériaux"

    Thèse présentée et soutenue par Frédéric Clabau, le 18 mars 2005
  • "Influence de défauts cristallins sur les propriétés de luminescence"

    Thèse de Grégoire Denis, soutenance de thèse prévue en 2008

     

Remerciements
Les études effectuées dans le cadre de la thèse de F. Clabau ont bénéficié d'un soutien financier de la part de Rhodia Electronics & Catalysis.

 

 

 

 
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Page mise à jour le 13 octobre 2008